2) L'originalité de l'approche de la conjugaison a-t-elle été bénéfique ?

Rappelons brièvement que notre objectif n'était surtout pas de faire un logiciel pour l'apprentissage de la conjugaison en français, mais de permettre aux enfants de construire eux-mêmes une classification pour les verbes de leur langue maternelle.
Puisque nous nous sommes appuyés sur une situation d'apprentissage du français, il est légitime que nous nous posions la question de savoir si cette approche a été bénéfique au niveau des connaissances orthographiques et de la compréhension des notions de mode et de temps. Comme en géométrie, Gérard Bonnérat nous répondra affirmativement à la fin de l'expérience : « Les enfants ont fait moins d'erreurs, par la suite, dans les exercices classiques de conjugaison, et un petit peu moins dans les dictées ». Les différents points de vue (maître, observateur, élèves) convergent sur les trois idées suivantes :
+ Le logiciel a été à la source de l'immense enthousiasme des élèves.
+ La motivation et l'action des élèves ont favorisé la mémorisation.
+ Les enfants ont découvert et construit de nouvelles notions sur les conjugaisons.


a) La grande motivation des enfants

L'observation directe des enfants nous a permis de constater la très grande motivation des él&e grave;ves pour cette activité réputée ennuyeuse et rébarbative. L'utilisation du logiciel permet un travail d'équipe : un enfant épelle et dicte, l'autre rentre au clavier les conjugaisons, le troisième surveille. Les rôles sont régulièrement permutés. Nous sommes dans une situation de travail de groupe et les interactions entre les enfants d'âges similaires sont fondamentales. L'enfant n'est pas seul face à un cahier de conjugaisons ou face à un logiciel qui lui donnerait les bonnes réponses. En rentrant du texte ou en corrigeant son camarade qui fait une faute de frappe, l'enfant agit, construit, mémorise… Rappelons que, à notre grande surprise 7 groupes sur 10 ont choisi la conjugaison… Une telle situation d'apprentissage est bénéfique dans un domaine aussi complexe que l'orthographe de la langue française où l'effort de mémorisation est important et fastidieux.
L'aspect ludique et affectif, qui a facilité l'apprentissage, revient comme un leitmotiv dans le discours des enfants. Citons Adèle : « J'ai appris beaucoup mieux mes conjugaisons. Sur ordinateur c'est plus drôle à faire que sur le cahier de classe. Nous avons appris à nous servir du clavier et de la souris. L'ordinateur est très pratique pour les conjugaisons car ça nous permet d'aller plus vite et en plus tu ne peux pas perdre la feuille où tu as écrit les conjugaisons car si tu l'as enregistrée elle ne peut pas s'effacer… Grâce à l'ordinateur j'aime les conjugaisons maintenant.  »

b) Les enfants ont beaucoup appris

Dans les questionnaires de fin, les enfants sont unanimes pour dire qu'ils ont beaucoup appris sur les conjugaisons. Citons l'exemple d'Alice : «  J'ai révisé les terminaisons du 1er, du 2ème et du 3ème groupe et j'ai appris de nouveaux modes.  ». Les enfants ont exploré seuls des modes nouveaux. Florence déclare : « J'ai appris de nouveaux modes comme : l'impératif, le subjonctif, le conditionnel. J'ai appris que le subjonctif exige « que » et les pronoms de l'indicatif. »
Les enfants en difficultés pensent avoir progressé, même si tout n'est pas résolu, comme pour David : « Je trouve maintenant que la conjugaison c'est très facile. Je ne suis pas très fort en conjugaison, mais maintenant je comprends mieux l'orthographe et le français. Le plus-que-parfait je trouve que c'est très facile, alors que je trouvais ça très difficile. J'ai appris un verbe pas très facile comme être au passé antérieur. » .
Très soucieux de rentrer eux-mêmes les conjugaisons, ils regrettent de n'avoir pas eu à le faire au passé-composé : « Ce que je n'ai pas aimé, c'est de pas avoir besoin d'écrire les temps composés ; on ne pouvait pas les apprendre facilement, car si on les écrit on les retient mieux. Mais c'était très intéressant et pas compliqué du tout !  » conteste Alix qui reconnaît avoir progressé dans la compréhension : «  Quand j'ai fait de la conjugaison il y avait des verbes difficiles pour moi, mais maintenant, je les comprends beaucoup mieux ».
Au cours de la dernière séance, nous demandons à chaque groupe d'étudier un modèle à l'avance, les élèves n'auront plus droit au Bescherelle, face à l'ordinateur… Les enfants ont le c hoix du modèle, mais nous relançons ainsi le processus de mémorisation. Le désir de ne pas commettre d'erreurs sur l'ordinateur en sera la motivation essentielle.

c) Les enfants ont structuré leurs connaissances

Comme pour la programmation, l'effort de réflexion et de structuration se fait en dehors de l'ordinateur lorsque les enfants réorganisent les impressions dans leur cahier. Nous donnons en exemple la présentation du groupe 9 en juin 96. On peut y remarquer une disposition intelligente : passé composé en dessous du présent, plus que parfait en dessous de l'imparfait. Les temps simples et les temps composés sont bien dissociés. Bien que chaque groupe adopte sa propre présentation : les listings ne sont pas collés en vrac, mais organisés.



présentation du groupe 9 (3 juin 96)



Citons celui qui est le plus à même de faire un bilan, le maître de la classe :
« Par manque de temps la fin du mois de juin étant arrivée, il n'a pas été possible de faire une synthèse collective qui aurait été particulièrement riche, car les enfants avaient tous étudié des verbes différents et avaient proposé des organisations diverses. Je souhaite continuer le travail sur les conjugaisons en 96-97 avec deux ordinateurs en fond de classe en particulier pour les enfants en difficultés. »

d) Pour conclure

Gérard Bonnérat estime que l'originalité de l'approche de la conjugaison a été très bénéfique et surtout complémentaire de son tr avail habituel : « Le travail sur les conjugaisons a permis un gain de temps en classe. Les enfants ont été sensibles à l'aspect ludique et moins rébarbatif du travail. Lors du passage sur l'ordinateur, les enfants sont très concentrés et attentifs. Ils commettent très peu d'erreurs. La machine fait le travail répétitif en leur laissant le travail constructif.… Il a permis une ouverture sur des temps non vus en classe (le subjonctif imparfait et le conditionnel passé). »
Les enfants ont beaucoup appris, mais surtout ils ont mieux appris et mieux compris. Bien sûr l'apprentissage n'est pas terminé, mais les enfants sont sur la bonne voie et ouvrir un Bescherelle ne leur sera plus aussi pénible… Le Bescherelle a été rendu plus concret et plus vivant. Certes, ces résultats encourageants ne sont pas dus uniquement au logiciel, mais également à la façon dont il a été mis en œuvre en parfaite symbiose avec les habitudes de vie de la classe et des élèves.




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