POURQUOI PROGRAMMER ?
POURQUOI CHOISIR SMALLTALK ?





 

Seymour Papert dans son livre « jaillissement de l'esprit (Ordinateurs et apprentissage 1981) » [Papert 81] affirme :
«  Dans bien des écoles, aujourd'hui, l'expression « enseignement assisté par ordinateur » signifie que l'ordinateur est programmé pour enseigner à l'enfant. On pourrait dire que l'ordinateur sert à programmer l'enfant. Dans ma vision des choses, l'enfant programme l'ordinateur et, ce faisant, acquiert la maîtrise de l'un des éléments de la technologie la plus moderne et la plus puissante, tout en établissant un contact intime avec certaines des notions les plus profondes de la science, des mathématiques, et de l'art de bâtir des modèles intellectuels. »

* Programmer l'ordinateur

Quinze ans plus tard, ces idées restent toujours d'actualité. Les ordinateurs dont les prix ont considérablement baissé et dont les performances technologiques ont été multipliées par dix ont envahi bien des familles, même modestes. Cette révolution technologique a abouti à la conséquence navrante que les parents achètent (parfois très cher…) des jeux vidéo d'une grande pauvreté sur le plan éducatif. Les enfants s'acharnent des journées entières sur les écrans au détriment de leurs yeux et d'activités plus créatives. Les écoles sont peu ou mal équipées…
Introduire un langage de programmation comme SMALLTALK permettra à l'enfant de programmer (comme Papert le préconisait en LOGO). Les enfants programmeront l'ordinateur plutôt que de subir des jeux et des programmes écrits par des « marchands de logiciels », ce qui ne les empêche pas d'utiliser des logiciels-outils (tableur, traitement de texte, dessin, animation…) ni de naviguer dans les CD ROM multimédia ou sur Internet.
Ces objectifs étaient très présents à l'esprit des pionniers de LOGO en France : « L'informatique permet de construire des univers dans lesquels un enfant peut par un comportement actif et constructif acquérir des méthodes d'analyse et de résolution de problèmes »
[Vivet 79], [Wertz, Perolat, Mathieu 79] (expérience d'Arc et Senans).


* Parler une autre langue


Il va s'agir pour l'enfant d'apprendre une autre langue que la sienne. Citons de nouveau Seymour Papert :
« Or apprendre une langue est l'une des choses que les enfants font le mieux. Tout enfant normal apprend à parler. Pourquoi, en ce cas, un enfant ne pourrait-il pas apprendre à parler avec un ordinateur ?  »
Tout au long de la découverte de SMALLTALK telle que nous la proposons, l'enfant sera confronté parfois à des problèmes de syntaxe : l'ordinateur refusera d'obéir si le moindre point, la moindre virgule, le moindre espace sont oubliés alors que dans sa langue maternelle, une faute de grammaire n'empêchera pas, en général son interlocuteur de le comprendre. Remarquons cependant, que dans une langue comme la nôtre, la position d'une virgule peut changer entièrement le sens d'une phrase…
Mais l'enfant découvrira aussi des problèmes de sémantique : il est absurde d'appeler un objet « ABCD » ou « HF98 » ou une méthode « méthode1 ». En effet, quelques jours plus tard il aura oublié ce que désignent ces mots, il ne pourra plus relire ses propres programmes qui, a fortiori seront illisibles par autrui. On peut espérer que l'apprentissage d'un langage beaucoup plus rigoureux que les langues naturelles le fera réfléchir sur la structure de la langue maternelle qu'il pratique depuis la petite enfance.

* Modifier les apprentissages


Seymour Papert affirme aussi que :

«  apprendre à communiquer avec un ordinateur a toutes les chances de modifier la façon dont se déroulent les autres apprentissages  »

Nous venons d'en voir un exemple dans le domaine linguistique, le domaine mathématique en fournit beaucoup d'autres : jamais un professeur de mathématiques ne pourra dessiner au tableau tous les papiers peints que l'on peut engendrer avec un motif, l'ordinateur nous le fera en quelques secondes. Il faudra même le ralentir pour avoir le temps de voir toutes les possibilités… Et en prime, ce sera l'enfant lui-même qui concevra la programmation. Chemin faisant, les enfants manipuleront, sans le savoir les groupes de transformations géométriques…

* Penser d'une autre manière


Seymour Papert pense également « que cet apprentissage peut modifier la façon dont ils aborderont tout le reste. »
Essayons de comprendre en quoi l'utilisation d'un langage à objets peut modifier le raisonnement et la pensée de l'enfant. Dès sa plus petite enfance, l'enfant construit des concepts par classification. Il sait assez vite reconnaître les objets qui se mangent, les êtres vivants, les personnes humaines, les animaux… Il va se faire une représentation de l'ensemble des chats qu'il connaît, de ceux qu'il rencontre dans la rue… Si on lui offre un nouveau chat, il l'ajoutera à cet ensemble et il jugera indispensable de lui donner un nom. L'ensemble de ses petites voitures pourra aussi s'enrichir d'éléments nouveaux qui comme les premiers auront quatre roues et rouleront sur le sol…
Citons l'exemple d'Henri Wallon :

« L'arbre que voit l'enfant est ici, il n'est pas partout. L'arbre qu'il imagine, l'arbre en général, l'arbre collectif, il le met partout ne sachant pas où le situer. » [Wallon 45] (Les origines de la pensée chez l'enfant tome II p 299).

Dans la construction de notre langue maternelle et de notre pensée nous utilisons souvent la notion de classe comme elle est définie en SMALLTALK. Plus tard les objets se feront de plus en plus abstraits : ce seront des nombres, des droites, des angles, des verbes, des couleurs, des notes de musique etc… Nous ne pourrons plus les faire rouler sur le sol, mais c'est par les actions que nous exercerons sur eux, que nous apprendrons à les connaître …

Utiliser SMALLTALK pourrait donc amener les enfants à réfléchir sur leur façon de penser, et par là même leur faire faire des progrès considérables au niveau du raisonnement et de l'acquisition de concepts abstraits qui sont la source de blocages, en particulier en mathématiques, où l'on passe beaucoup trop vite à l'abstraction.